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Napoléon stratège

L’empereur est en campagne aux Invalides. Le musée de l'Armée expose Napoléon stratège. Entrez vous aussi dans la bataille…

La rédaction BEENAP · 10 October 2026 · 6 min

Napoléon stratège
© Palais Vivienne

Jusqu’au 22 juillet 2018 - Musée de l'Armée - Hôtel national des Invalides - Paris (75007). Site officiel : http://www.musee-armee.fr – Tél. : 0 810 11 33 99

Après sa vision politique, explorée en 2013 dans « Napoléon et l’Europe », puis le décryptage de l’histoire de sa chute et de sa légende, avec « Napoléon à Sainte-Hélène. La conquête de la mémoire » en 2016, le musée de l’Armée aborde une autre facette de l’histoire de Napoléon, dont le « génie militaire et politique » est universellement reconnu.

En quoi Napoléon est-il un stratège hors pair, doté d'une vision si novatrice qu'elle le place au-dessus de ses adversaires ? Pour le comprendre, il faut aller aux Invalides où trône sa silhouette en simple tenue militaire, redingote et petit chapeau, non loin de son tombeau où il repose depuis son retour de Sainte-Hélène. L’exposition du musée de l’armée montre comment Napoléon fut l'un de ces grands hommes qui a marqué l'histoire car il a su en même temps avoir de grandes visions politiques, conduire ses armées et remporter des victoires. Il fut tout à la fois : chef d'État, chef de guerre et chef d'armée. Et même s’il a fini vaincu, il a imposé sa vision diplomatique et militaire aux générations futures.

En cela, Napoléon a profondément marqué l'histoire de la stratégie, même s'il n'a pas eu le temps de théoriser son apport, ce que firent d'innombrables historiens, à l'instar de Carl von Clausewitz et Antoine-Henri de Jomini, citant l'exemple de Napoléon tant sur le plan pratique que théorique. L'audace avec laquelle il recherche l'affrontement, voire le provoque, pour créer la surprise qui va le faire gagner, tant sur le champ de bataille que dans les coulisses des traités, a souvent été cité en exemple. Comme son génie diplomatique. Napoléon n'a jamais employé le mot stratégie. Celui-ci n'apparaît qu'au XVIIIe siècle. Mais sans lui, ce mot n'aurait ni le sens ni le succès qu'il connaît aujourd'hui.

Premier consul (1799-1804), puis empereur des Français (1804-1815), il dirige le pays, promulgue des lois et définit la politique extérieure de la France. Il commande l'armée, qu'il organise et entraîne à son idée, prenant l'Aigle de la légion romaine comme symbole pour sa « Grande Armée ». Il dispose d'une pleine liberté d'action pour conduire la guerre ou négocier la paix. Aux généraux comme aux diplomates, il fixe les objectifs qui servent au mieux ses buts politiques. En campagne, c'est lui qui dirige l'armée. Ce profil atypique lui assure le succès militaire avant la terrible défaite de Waterloo.

Tactique, la victoire n’est complète que si elle est politique

Entre 1805 et 1809, à Ulm, Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram, il surclasse ses adversaires par sa pratique novatrice de la guerre. Tous les éléments qui pèsent dans la préparation d'une campagne ou la conduite d'une bataille sont soigneusement pris en compte en amont. C'est la conjugaison des paramètres qui conduit à la victoire. Tactique, elle se fait sur le terrain, en étudiant, par un moyen efficace d'espions, l'organisation militaire de l'ennemi, puis en provoquant la bataille et en modifiant le rapport de force en sa faveur, mais aussi en coulisses, en usant de la diplomatie pour forcer le vaincu à accepter ses conditions de paix, afin de développer le territoire de la France et son réseau d'alliances. La victoire n'est complète que si elle est politique.

« S'interroger sur le stratège que fut Napoléon, c'est d'abord définir la stratégie et son évolution car c'est à cette époque, justement, que la notion se lie intimement au pouvoir et au talent de celui qui l'incarne, explique Émilie Robbe, conservateur en chef du patrimoine et commissaire de l'exposition. Née dans le milieu militaire, elle prend peu à peu le sens et la forme qui s'appliquent de nos jours plus largement à la politique, l'économie, la finance, ou encore la communication ».

Chapeau de Napoléon, longue-vue, cartes et habits militaires

Toute l'ambition de cette exposition fort bien mise en scène, avec un élégant graphisme de lettres vertes sur fond blanc, est d'essayer de comprendre comment Napoléon a conçu sa stratégie et comment il l'a appliquée, en appuyant la réflexion sur des lettres, des livres et des cartes (à ne pas manquer celle avec les signets matérialisant les opérations et positions des troupes utilisés par le prince Eugène de Beauharnais) et en la rendant tangible par des objets lui ayant appartenu (sa longue-vue utilisée lors de la bataille des Pyramides), des habits militaires (celui du général de division porté à la bataille de Marengo et le chapeau de la campagne de Russie) ou des armes (son épée de la bataille d'Austerlitz et son pistolet à silex trouvé dans ses bagages à Waterloo).

« Ce que je sais de l'art de la guerre, je l'ai su dès la première bataille, parce que je l'avais appris dans les livres. »

Ainsi parle Napoléon. Le jeune Bonaparte, futur artilleur, apprend le métier des armes à l'École royale militaire de Brienne-le-Château, puis à Paris, où il étudie les mathématiques, l'histoire, la géographie et quelques langues étrangères. Bonaparte commence sa carrière d'officier sous Louis XVI et la poursuit sous la Révolution. En 1799, lorsqu'il prend le pouvoir, il dispose d'une armée nombreuse, bien équipée et victorieuse, composée de vétérans galvanisés par les idées de la Révolution française. Il se fait remarquer dès ses premières expériences militaires, en 1793 à Toulon, en 1796 en Italie et en Égypte à partir de 1798. Ces premières campagnes lui permirent d'élaborer sur le terrain son approche de la guerre ainsi que son futur mode de gouvernement.

Soyez un fin stratège, jouez vous aussi et gagnez la bataille

Au début de l'empire, Napoléon s'appuie sur des chefs expérimentés, aguerris par les campagnes de la Révolution. En 1805, il dispose de la plus puissante armée d'Europe, soit 150 000 hommes pour la campagne d'Allemagne. En 1812, jusqu'à 600 000 combattants sont engagés en Russie. L'Empereur qui sait galvaniser ses troupes est attentif aux récompenses pour créer l'émulation. Mais bien qu'il pût paraître invincible, Napoléon a finalement été vaincu. Au fil du temps, ses adversaires ont appris de leurs échecs. Sa grande armée s'effrite. L'adversaire domine en nombre. Et c'est la chute visible dans le grand tableau de Paul Delaroche, le jour de l'abdication à Fontainebleau signée le 6 avril 1814, avant l'ultime défaite de Waterloo le 18 juin 1815 dont témoigne la cuirasse transpercée d'un boulet de canon du carabinier Fauveau à Waterloo. Avant de finir ce parcours du combattant, il faut se prêter au jeu de la guerre, à travers les 18 dispositifs multimédias. Dans la peau de Napoléon, vous pouvez répondre aux questions de stratégie pour gagner une de ses nombreuses batailles.