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Console estampillée Jacob Frères rue Meslée, époque Directoire-Consulat
Est. 20 000 – 30 000 €
- Artist
- Jacob Frères
- Period
- Époque Directoire-Consulat
- Dimensions
- H. 95 cm ; L. 65 cm ; P. 34 cm
- Provenance
- Chambre à coucher de Benoît Gaudin, rue du faubourg Montmartre (mémoire de Jacob Frères, an V).
- Estimate
- 20 000 – 30 000 €
- Sale
- Osenat · Fontainebleau · 1 July 2018
Console provenant de la chambre à coucher de Monsieur Gaudin, de forme demi-lune en acajou et placage d’acajou, incrusté d’ébène, de nacre et d’étain, la ceinture bandeau ornée de palmettes en frise, alternées de motifs stylisés avec un décor de pastilles dans des encadrements de filets. Elle repose sur quatre colonnes incrustées de cannelures, de bagues et de fleurons et surmontées de bustes de femmes ailées en bois patiné vert et doré avec un décor de feuilles d’eau à la base. Elle présente un montant postérieur en demi-colonne agrémenté de feuilles d’eau en bois patiné vert avec une tablette intermédiaire (restaurée) à galerie ajourée vraisemblablement en acier. Elle repose sur une marche moulurée à décor demi-circulaire de fleurons, alternés de fleurs stylisées. Dessus de marbre blanc veiné encastré (fêle) et ceinturé par une frise de feuilles d’eau en étain brossé simulant des plumes. Estampillée Jacob Frères Rue Meslée.
Cette console a été exécutée d’après un dessin de Pierre-François Léonard Fontaine (pierre noire, aquarelle annotée à la plume) précisant l’ébéniste et le commanditaire : « console exécutée par Jacob chez M. Gaudin ». Provenance confirmée par le mémoire de Jacob Frères, qui mentionne en l’an V pour le Cen Gaudin, rue du faubourg Montmartre n° 1035, dans la chambre à coucher de Monsieur à la date du 7 thermidor : « Une console en acajou d’une forme nouvelle demie circulaire, le dessus en marbre blanc avec frise en acajou, la ceinture aussi en acajou est ornée de fleurons antiques en ébène incrustée, laquelle est portée par 4 colonnes en acajou avec filets d’ébène et terminée par une petite chimère sculptée et bronzée ; le derrière est porté par une colonne droite tournée en balustre et sculptée de feuilles d’eau bronzées ; au milieu est ajustée une tablette en marbre blanc avec une galerie en cuivre argenté laquelle est portée par quatre petites consoles aussi en cuivre argenté, le tout portant sur un socle en acajou… 480 F ». Complétée le 25 brumaire : « pour avoir fait incruster à une console précédente fournie des palmettes antiques et des feuilles d’eau en étain, en ébène autour de la ceinture, plus avoir fait incruster sur les tablettes des fleurs antiques avec des filets en étain autour des colonnes, pour avoir fait dorer les petites chimères ainsi que les feuilles d’eau des colonnes, pour le tout ensemble… 260 F ».
Le citoyen Gaudin a longtemps été identifié comme étant Martin Michel Gaudin, duc de Gaëte (1756-1841), ministre des Finances de 1799 à 1819, gouverneur de la Banque de France, mais une étude récente de Jean-François Belhoste a identifié le citoyen Gaudin : il s’agit de Benoît Gaudin, négociant en fournitures militaires, domicilié rue du faubourg Montmartre, qui fit l’acquisition le 17 messidor an IV (5 juillet 1796) d’un petit hôtel rue du Mont-Blanc (aujourd’hui rue de la Chaussée-d’Antin), l’hôtel de Thun, construit par Étienne Boullée vers 1770. Quartier « à la mode » où se trouvent notamment l’hôtel de madame Récamier et celui de Joséphine Bonaparte. Cette console est considérée à l’époque comme importante car les frères Jacob la décrivent précisément et longuement dans leur mémoire et détaillent leur livraison très conséquente pour le citoyen Gaudin, effectuée en plusieurs fois entre l’an V et l’an VI. L’acajou s’impose, enrichi de nacre, d’étain et d’ébène, jeu de rapports entre ces différents matériaux ; la forme nouvelle, dite parfois à l’antique, correspond au goût nouveau pour l’archéologie. Élégance sobre, maîtrise parfaite de l’ébénisterie qui explique l’engouement des plus hauts personnages de l’État, dont la citoyenne Bonaparte pour l’aménagement de la rue de la Victoire : les architectes Percier et Fontaine ont été présentés à Joséphine par ses voisins, l’ex-marquis de Chauvelin et le citoyen Gaudin.
Jacob Frères livre pour la chambre à coucher de Monsieur, à laquelle appartient cette console : quatre chaises et quatre fauteuils à crosse en acajou, un lit en acajou orné de filets d’ébène, un secrétaire d’une forme nouvelle, deux servantes en acajou d’une forme antique, une bergère, des tabourets, deux causeuses et un petit guéridon en bois de racine garni de bronze et de cuvette en porcelaine. Le lit du citoyen Gaudin est passé dans la vente « L’Empire à Fontainebleau » du 23 mars 2014, n° 212.
Dans la production des frères Jacob de 1796 à 1803, et plus particulièrement dans l’emploi et le mariage de différentes essences de bois et matériaux, on peut rapprocher cette console de celle réalisée pour les Murat au palais de l’Élysée, conservée au Grand Trianon à Versailles ; d’une paire de consoles, l’une provenant de Saint-Cloud et l’autre de la collection du général Moreau, aujourd’hui au château de Fontainebleau ; et de deux consoles provenant de Malmaison, à Munich (collection Wittelsbach). Cette technique de l’incrustation, déjà employée par Georges Jacob et développée par ses deux fils, Georges II et François-Honoré-Georges Jacob, est poursuivie après la mort de Georges II et s’applique aussi bien à des sièges qu’à des commodes ou des secrétaires.
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