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Le premier budget des fastes de l’Empire [1805-1806] – Comptes de l’Empire
- Période
- Palais impérial des Tuileries, 12 mars 1806
- Dimensions
- In-folio, 90 pp.
- Provenance
- Ex-libris manuscrit L. de Gourlet et ex-dono sur la première garde : « Donné à Mr de Gourlet par Mr de Jeanson – 7 9bre 1873 ». Il s’agit du dernier marquis de Janson, fils de Charles-Théodore Forbin de Janson (1783-1849), chambellan de Napoléon en 1813, colonel et pair de France pendant les Cent-Jours, qui participa à la campagne de Waterloo au sein de l’état-major de l’Empereur, s’opposa à Fouché, fut proscrit au retour de Louis XVIII et s’exila jusqu’en 1820. Le marquis de Gourlet, à qui est offert le présent manuscrit, fut à la fin du XIXe siècle l’administrateur général des Musées nationaux, résidant au palais de l’Élysée.
Manuscrit. Palais impérial des Tuileries, 12 mars 1806. Un vol. in-folio, 90 pp. sous forme de tableau, nombreuses corrections au crayon, relié demi-basane fauve (reliure de l’époque). Manque le dos, usures aux coupes et coins.
Grand Livre de comptes donnant le récapitulatif des budgets fixés en l’an 13 (1805), la première année de l’Empire, et alloués pour l’année 1806, avec le détail des modifications. Comportant des corrections comptables et quelques observations au crayon, il s’agit probablement de la dernière mise au point des comptes avec la récapitulation de tous les services impériaux, avant son approbation par Napoléon le 12 mars 1806. Il comprend : Service du Grand Aumônier (p. 1-2) ; Service du Grand Maréchal du Palais (p. 3-10, avec la Maison civile de l’Empereur et celle de l’Impératrice) ; Service du Grand Écuyer (p. 11-16, avec notamment l’administration des différents haras) ; Service du Grand Veneur (p. 17-18, sur les chasses de l’Empereur) ; Service du Grand Maître des Cérémonies (p. 19-20) ; Service de l’Intendant général (p. 21-60) ; Service du Trésorier général de la Couronne et de la Secrétairerie (p. 61-64) ; et récapitulatif des crédits. À la suite sont présentés : les dépenses payables sur des fonds spéciaux (p. 68-72) ; et les dépenses de la Couronne des départements au-delà des Alpes dits du Piémont (p. 74-88).
Les comptes annotés par Daru, intendant des Domaines. La partie la plus importante du budget est celle du Service de l’Intendant général, comportant de nombreuses observations et justificatifs, avec plusieurs corrections au crayon, probablement de la main de Pierre Daru, homme de confiance de Napoléon qui l’avait nommé Intendant général des Domaines de la Couronne. Elle regroupe divers bureaux : la Maison militaire de l’Empereur (comprenant le service de la Garde rapprochée et un important chapitre dévoué au service de santé de Napoléon) ; les forêts de la Couronne, vaste administration regroupant les forêts de Versailles et Saint-Cloud, Saint-Germain, Rambouillet, Fontainebleau et Compiègne, le service des gardes et des gardes-chasses, les différentes pépinières et le service des parcs et jardins, grandes eaux et fontaines, avec l’entretien du personnel (Tuileries, Saint-Cloud et Sèvres, Meudon, Versailles, Trianons, Fontainebleau, Laeken, Saint-Germain, Rambouillet) ; l’entretien des bâtiments et palais de la Couronne, et les différentes missions affectées aux architectes, le service des pompiers ; les dépenses pour les musées (Musée Napoléon ou Louvre, et Musée de Versailles) ; les manufactures impériales avec Sèvres et les Gobelins, ainsi que celles de la Savonnerie, de Beauvais et les différents magasins de marbres ; le mobilier des palais impériaux où sont regroupées les dépenses du personnel, les acquisitions et l’entretien du mobilier ; les Menus plaisirs (spectacles et pension pour les artistes délogés du Louvre ; en note, est ajoutée une allocation pour les « enfants d’Austerlitz » qui doit être payée jusqu’en juillet 1807) ; les travaux ordonnés pour l’agrandissement et l’embellissement des palais.
Le style de l’Empire à travers l’aménagement des palais. Cette partie dévouée à l’intendance générale est particulièrement intéressante pour l’étude des arts au début de l’Empire, montrant la volonté de Napoléon d’imposer un style au début de son règne. Avec l’instauration du nouveau régime, consolidé par l’éclatante victoire d’Austerlitz, l’accent est mis sur l’aménagement de deux monuments emblématiques : les Tuileries et le palais de Fontainebleau, symboles du pouvoir de Napoléon et des fastes de l’Empire. Ainsi pour le corps des bâtiments des Tuileries, sont envisagés plusieurs travaux et restaurations : murs de terrasse, trottoirs de la grille, notamment, faisant suite aux travaux ordonnés en 1805. Sont prévus en 1806 les travaux des appartements de la Dame d’honneur et de la Chambre à coucher de l’Impératrice… Pour Fontainebleau, les travaux sont tout aussi importants et détaillés : « Faire un entresol sur la pièce attenante à la bibliothèque de l’Empereur pour coucher le garçon de bureau. Placer les corps de bibliothèque sur trois faces dans le cabinet de l’Empereur. Disposer le logement du directeur du bureau Topographique, supprimer le carreau de marbre dans cette pièce et y substituer un parquet. Fermer le corridor de l’escalier de l’Empereur (…). Fermer une porte de communication dans l’appartement de Mr Menneval. Distribuer l’appartement du Grand Connétable (…). Faire construire des gaines en stuc dans la galerie de l’Empereur pour y placer d’une manière convenable les bustes envoyés de Paris. Restaurer la galerie de Henri 2 et refaire les 10 croisées en éventail, réparer et assolider la tribune pour la musique. Rétablir entièrement la salle de spectacle (…). Construire un petit escalier particulier communiquant de la bibliothèque de l’Empereur dans l’orangerie (…). » Les travaux de Fontainebleau sont ici estimés à près de 166 000 francs. Ils se poursuivent avec l’installation des appartements des princes dont ceux de Joseph, et avec plusieurs restaurations dont la galerie de Diane, les toitures du palais, les écuries, etc. Le total des aménagements sous la direction de Fontaine se chiffre ici à près d’un million et demi de francs. Un fonds de réserve de 300 000 francs est encore alloué pour les dépenses imprévues, fonds dont il est précisé qu’il ne sera accordé qu’avec l’approbation de l’Empereur, ou en son absence par son Intendant.
Les arts sous l’Empire et l’inventaire de l’ameublement des Tuileries : salle du Trône, tableaux du Couronnement, appartement de l’Impératrice. Le chapitre pour l’acquisition et l’achat de mobiliers prend une place majeure dans les fastes de l’Empire ; sont confirmées les dépenses des travaux ordonnés en l’an 13 du Trône des Tuileries et l’ameublement des salles du Trône des Tuileries et de Saint-Cloud (…), l’achat des meubles du général Rapp. Sont inventoriées et chiffrées toutes les commandes pour l’ameublement des Tuileries : ameublement des pièces du Grand Appartement, lustres et bras dans la grande salle du Concert, ameublement de la chapelle (…), salon de Musique de l’appartement de l’Impératrice, salon des pages (…), une pendule à la salle du Trône (…), etc. Une note ordonnée par l’Empereur précise qu’indépendamment de cette somme qui est pour solder les commandes faites, il faudrait compléter les Grands Appartements ou faire le projet et les dessins avant le mois de mai si cela est possible (…). Suivent les travaux ordonnés pour la Chambre à coucher de l’Impératrice dont il sera fait un devis en règle : la chambre dorée devra être bien meublée ; on a retenu de prendre toutes les mesures nécessaires puisqu’elle ne sera faite qu’au mois de septembre 1806 (…). Parmi les nouveaux achats approuvés par l’Empereur, sont détaillés les meubles pour les quartiers généraux impériaux qui sont en cours d’exécution, dont un « meuble d’orne galeux » commandé au Sr Boudot, des étoffes commandées à Lyon et Amiens ; une indemnité est prévue pour Madame Mique, ainsi qu’un fonds de réserve pour le garde-meuble. Après les dépenses allouées pour les différents palais (suite des nouveaux achats prévus pour Saint-Cloud, Fontainebleau, Laeken, Trianons, Strasbourg et les « rendez-vous de chasse »), sont détaillées les grandes commandes officielles dont Vivant Denon et le peintre David ont été chargés de faire ou faire exécuter : portraits des 18 maréchaux d’Empire ; copies des tableaux des batailles de Rivoli, de Marengo, et du Passage du Pô (il est précisé que ces copies ont été offertes par le prince Joseph Bonaparte) ; bordures des 21 tableaux ci-dessus ; statues en marbre des Princes et Grands Dignitaires.
Le peintre David est quant à lui chargé des 4 tableaux du Couronnement (réévalués en marge au crayon pour la somme de 150 000 francs), d’un portrait du Pape (10 000 francs) et de deux copies de ce portrait, des portraits de Sa Majesté pour Gênes et de 2 copies pour les départements de Montenotte et des Apennins. Sont ordonnés encore par décret impérial l’exécution des portraits des princesses, de la gravure célébrant le Concordat, les statues des généraux.
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